Silence

Image  de: quietrev.com

Meilleur que la plus belle phrase, plus éloquent qu’un discours irréprochable, l’adage veut que le silence soit d’or et la parole d’argent. L’apprivoiser, c’est savoir en être maître plutôt que victime. Si le commun des mortels estime que l’affirmation de soi, l’assurance de se faire une place dans la communauté humaine, voire une certaine émulation s’acquièrent avec la parole, gage d’instruction, d’ouverture d’esprit, la clé ne se trouve pas toujours dans ce qui est dit. Elle a même tendance à être davantage dans ce qui est tu. Dans ses pensées et réflexions, Hypolite de Livry en 1808 confesse : ‘‘J’adore le silence. L’abus que l’on fait de la parole m’a dégoûté de son usage’’.

A l’ère de la com’

Même si nous vivons une ère dite de la communication, où les nouvelles technologies de l’information progressent à la vitesse très grand ‘‘V’’ et que ces applications poussent le consommateur à chaque fois plus d’interaction, des temps de pause s’imposent. Paradoxalement, plus nous sommes invités à interagir, plus monte en certains d’entre nous un besoin de plus en plus pressant de prendre du temps pour soi. Et même avec soi même, d’emménager un moment de répit où nous n’aimerions penser à rien.

Notre époque, course frénétique vers je ne sais quelle finalité est celle d’une vitesse dont le ralentissement est ce qu’il y a de moins certain. Même quand on s’épuise et qu’on le désire vraiment, s’arrêter et souffler devient un exercice loin d’être gagné. On le veut, mais on ne le peut pas aussi aisément qu’on l’aurait cru.                            La surstimulation de notre mode de vie, nous ‘‘barre le chemin de la rencontre intérieure avec nous même’’.

Internet et ses réseaux dits ‘‘sociaux’’, le téléphone portable aux multiples applications, les jeux vidéos illustrent parfaitement à eux seuls les modes relationnels qui éloignent de soi et qui à longueur de journée (et de nuit!) polluent notre univers intérieur. Plus on a de rencontres virtuelles, plus on dialogue, moins on a l’occasion de se taire et le besoin de se taire enfin se fait plus insistant.

Le challenge

C’est un véritable chalenge ? Sans doute. Les défis ne sont-ils pas faits pour être relevés ? Il appartient à chacun(e) de trouver la formule qui lui convient et qui lui permette véritablement d’appuyer sur ‘‘STOP’’ pour se refaire une santé à tous points de vue. Puis, de repartir de plus belle sur cette lancée d’une mondialisation chaque jour plus exigeante, voire épuisante.

Certain(e)s, croyant(e)s ou non, se réfugient vers les lieux de retraite spirituelle où, sans même qu’il en soit fait mention, le silence s’impose! Il se fait respecter presque sans consigne verbale, sinon ci-et là, de petits écriteaux sobres qui invitent humblement au silence ou non.Les lieux sont emménagés tels qu’à eux seuls, ils invitent à toute forme d’expression, excepté celle de la parole.

Marion Muller-Colard est de celles qui ont choisi, après huit jours de retraite dans un centre jésuite, de faire part dans un récit écrit de son expérience en apparence silencieuse, mais non sans un réel chamboulement intérieur. C’est alors l’expérience, dit-elle, du jeûne, du silence, d’un retour sur soi et surtout de la confrontation avec Dieu.

Du Mieux être

Rien d’étonnant alors de voir ce développement spectaculaire de littératures, de ‘‘coaching’’ sur la méditation, de techniques de respiration, de pratique sportive, d’apprentissage divers sur le mieux-être, où le silence reste un passage obligé pour se reconnecter à soi et pouvoir rebondir.

Il existe à ce jour pléthore d’auteurs, d’ouvrages, de conférenciers, d’exercices à pratiquer seul(e) ou en groupe, que d’émissions de télévisions, de débats divers qui font l’apologie des silences. Pluriels. Selon les circonstances et les besoins, une forme de silence peut s’avérer soit positive, bénéfique ou au contraire, objet de discorde, voire destructrice. Le tout est de savoir que c’est un couteau à double tranchant et qu’il faut en faire un usage précautionneux.

Certains auteurs parlent des vertus du silence avec brio. Dans Eloge du silence (Ed. Albin Michel), Marc de Smedt dit : ‘‘ (…) Sans cesse, si on l’écoute, il nous parle et nous renseigne sur l’état des lieux et des êtres, sur la texture et la qualité des situations rencontrées. Lieu de la conscience profonde, il fonde notre regard et notre écoute. (…)Dans un monde de plus en plus bruyant, la valeur du silence est à redécouvrir (…) Nous l’avons peut-être oublié, nous sommes des êtres porteurs de toute la sagesse immémoriale du silence’’.

 Le libre arbitre

Les spécialistes de l’amour prônent très souvent le dialogue dans le couple. C’est même d’après plusieurs de leurs divers conseils, le remède à une éventuelle ‘‘cassure’’, partie d’un éloignement progressif. Les non dits, les sentiments bons ou mauvais inexprimés explicitement, les frustrations, les rancunes accumulées et refoulées sont certes des bombes à retardement. Et si toute la communication ne passait pas que par la verbalisation ? Et si parfois, voir souvent, le silence était la réponse appropriée à une situation donnée ?

La psychanalyste Isabel Korolitski affirme: ‘‘ Dans un “bon” silence, un silence choisi, il y a le respect de l’autre. Lorsque l’on ne filtre pas, on est dans l’urgence de dire, ce qui met le partenaire en position de passivité forcée’’. Cependant, ‘‘le silence ne peut être de mise dans des domaines clés qui engagent concrètement la vie du couple : l’éducation des enfants, le partage des tâches, la gestion, les finances, le cloisonnement entre vie de couple et vie de famille, la définition de l’espace d’autonomie de chacun. Ces différents points ne peuvent être devinés par l’autre’’, prévient Flavia Accorsi du Magazine Psychologies.

Comme toute pratique, celle du silence n’est bénéfique quand elle est appropriée à une situation donnée. Autant, le silence est véritable expression, autant la parole l’est. Le libre arbitre de chacun se met alors, tel un funambule, avec délicatesse et précaution, à guider les interlocuteurs, en fonction du ressenti de chacun. Si vous le voulez bien, refermez maintenant cette page et prenons ensemble un moment de silence.

Arnaud Nkusi

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Arnaud Nkusi

Le concepteur et rédacteur en chef de impaktinfo est journaliste professionnel. Il a présenté le 20 heures et les Journaux Radio, après quelques années de presse écrite. Fort de cette expérience qui s'étale sur près d'une vingtaine d'années,il décide de mettre la barre plus haut en initiant sa propre boite de production, Impaktinfo pour réhausser le niveau de la pratique du métier. En informant l'opinion publique avec des nouvelles positives, particulièrement en ce qui concerne les évolutions en cours en Afrique, tous domaines compris.

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