Signé Jean-Jacques Seba

Seba arrive en symbole, ouvrir notre série de rencontres faites avec KASSAV’ pour célébrer ce mythe vivant. Jean-Jacques n’est pas Antillais, comme les piliers du groupe. Il a des origines camerounaise et grecque et n’a rejoint le mouvement que trois décennies plus tard. Le phénomène musical a existé avant sa naissance. Lui-même n’en revient pas. 

Le colosse aux plus de quatre-vingt kilos et près de deux mètres qui en impose par sa stature est avec le percussionniste, le plus jeune et le plus étonné de se retrouver au milieu de la légende antillaise, française ou plutôt cosmopolite et internationale. Malgré les onze années passées avec bonheur au sein du groupe, tous les superlatifs ne suffisent pas à exprimer sa reconnaissance.

Jean Jacques se tient fièrement et avec un bonheur contagieux au milieu des choristes Marie Josée Gibon et Marie-Céline Chroné aux cotés desquelles, il envoie chœurs et chorégraphies. Les dates s’enchainent sur tous les continents où les inventeurs du Zouk ont des fans qui se comptent par centaines de milliers. Non, le succès ne lui est pas monté à la tête. Il est lucide. C’est pour évoquer avec lui les engrenages de la machine à tubes et à succès que nous l’avons invité ici, pour vous. 

Symboliquement, nous avons voulu lui donner la parole en premier, parce que pour parler de Kassav’, comme on en parle rarement, il fallait ce visage ‘‘inattendu’’. Avant de monter sur la première scène des quarante ans, à l’Arena de Paris, Jean Jacques Seba forme un cercle avec ses ainés et têtes baissées, il dit une prière qu’il conclu ainsi : ‘‘C’est un grand moment de l’histoire, que Dieu nous bénisse, tout ira bien ’’.

Impakt Info : Jean Jacques Seba, vous êtes le plus jeune de l’équipe KASSAV’ sur scène, auriez-vous cru un jour, faire partie de la machine qui pèse 40 ans aujourd’hui, alors que vous-même ne les avez pas encore ?

Jean-Jacques Seba : Pour être honnête, je dois vous dire que faire de la musique, je n’y pensais pas du tout. J’aimais la musique parce-que c’est grâce à mon père et à ma mère qu’on a baigné dedans, mais jamais ne m’a traversé l’esprit, ne fut-ce qu’un instant que j’en ferai un métier. Après, par la force des choses, je crois que par la volonté de Dieu, je me suis retrouvé dedans et avec Kassav’.  

Impakt Info : Racontez-nous KASSAV’, avec vos propres mots…

Jean-Jacques Seba : Mon histoire avec ce groupe mythique commence en 2008, lorsque Marie-Céline Chroné qui me faisait faire des séances studio pour les chœurs d’autres artistes afro-caribéens tels que Monique Seka et d’autres chanteurs de Zouk m’en parle pour me recruter.  Je ne savais même pas qu’elle travaillait avec Kassav’ et c’est à ce moment là que je l’ai su. Elle appréciait mon travail et un jour, elle me dit que Kassav’ recherchait un troisième choriste pour le Zénith. J’allais donc passer un essai et ils allaient voir ce que cela donnerait. Nous devions répéter deux semaines et au bout du troisième jour, ils m’ont dits qu’il y avait des dates avant et que nous allions travailler ensemble. Moi qui devais signer pour trois dates de Zénith, je me suis retrouvé à des concerts dont mon tout premier fût en 2008. C’était inimaginable d’être en répétition à chanter des chansons que j’avais vu à la télé sur des chaines comme M6, au TOP 50, des titres comme Syé Bwa, Siwo, avec ce mythe vivant. J’étais aux cotés de musiciens, de régisseurs qui sont restés et qui ont marqués l’histoire de ce groupe, j’ai même eu le temps de connaitre ceux qui l’avaient quitté. Même après tant d’années, Kassav’ reste une grande famille, le temps qui passe la renforce davantage. Mon histoire avec Kassav’ s’est peu à peu construite comme cela. Après mes premières dates, je suis allé au Canada pendant une année et de là, j’ai été recontacté pour continuer et fêter les trente ans du groupe au Stade de France. Nous avons enchainé sur la tournée des trente ans. Aujourd’hui, il y a plus de dix ans, que je fais partie du groupe. Quel grand honneur pour moi ! Et ce n’était pas tout puisque l’histoire a continué et que nous venons de fêter cette fois, les quarante ans. C’est extraordinaire.  Pour tout ce qu’a fait Kassav’. Notamment pour la diaspora noire qu’elle soit africaine ou antillaise. Mon visage est associé à cette équipe qui a marqué l’histoire. C’est incroyable ! Je suis honoré et je bénis Dieu pour cela.                                                                       

Impakt Info : Si vous en faites partie, c’est que vous le méritez et que vous en êtes digne.           

Jean-Jacques Seba : (Très ému) : Merci beaucoup.         

Impakt Info : Les fans inconditionnels du groupe depuis bien des années, aiment regarder derrière la scène et  se demandent ce qu’est la personnalité de chacun. Ses points forts et leur contraire. Commençons par Jocelyne…     

Jean-Jacques Seba : Alors… Jocelyne Béroard est une femme qui a beaucoup de caractère. Elle-même le dit dans certains des reportages où elle s’exprime. Elle a été élevée avec droiture. Très encadrée par ses parents, surtout par son père. Elle en a gardé ce coté très strict, très carré, rangé. Elle a un caractère assez prononcé. C’est une femme sûre d’elle, elle sait ce qu’elle veut. Jacob Desvarieux, c’est quelqu’un de très posé, qui n’aime pas les choses compliquées et qui est très pragmatique. C’est le musicien qui sait ce qu’il veut ou le businessman averti qui sait de quoi il parle. Jean Claude Naimro est la personne qui est silencieuse, calme dans son coin, tranquille, qui fait ce qu’elle a à faire et ça s’arrête là. Jean Philippe Marthély que nous appelons Pipo a un coté très familial. C’est quelqu’un de très jovial, d’accueillant, de gentil et de blagueur. Georges Décimus, (il rit) je l’appelle l’enfant. Toujours dans la joie, entrain de taquiner les gens. Je le trouve super ! Il a vraiment une attitude d’une personne qui ne veut pas grandir. Pierre Edouard Décimus, c’est le rassembleur et l’histoire le dit si bien pour lui. C’est celui qui a créé Kassav’. C’est quelqu’un de très gentil, assez simple et très discret. Il a fait et continue de faire beaucoup mais sans bruit. Marie-Josée Gibon est une femme que j’aime beaucoup. Elle est joviale, toujours souriante et très émotionnelle. Elle a une sensibilité à fleur de peau. Elle a beaucoup d’amour. Marie-Céline Chroné est aussi une femme qui aime rigoler. Elle a beaucoup d’énergie. Elle est comme une maman avec son coté très ‘‘famille’’, elle s’occupe des autres.   En section cuivres, Hamid Belhocine, c’est le parrain. Très intelligent et pragmatique. Il est observateur, il analyse. Fabrice Adam, c’est la gentillesse incarnée et les blagues en veux-tu, en voilà. Un autre jovial, c’est Thomas Bellon à la batterie. Il aime beaucoup blaguer et cela se voit dans certaines vidéos. Lui et moi, on aime amuser la galerie. Cela n’en fait pas moins quelqu’un de carré, de très sérieux et de vraiment professionnel. Philippe Joseph, le pianiste, sait s’adapter à tout le monde. C’est une personne sociable. Michaël, le percussionniste est aussi jeune que moi. C’est une personne conviviale et qui aime rigoler. 

Impakt Info : Ce que nous savons de Jean Jacques Seba, c’est notamment qu’il est chrétien et que c’est un trait fort de sa personnalité. Parlez-nous de ce qui semble être le fil conducteur  de votre vie.

Jean-Jacques Seba : L’amour que je vis avec le Christ est assez simple. Je me suis rendu compte en grandissant, moi qui suis ‘‘né dans une Eglise’’ de par mes parents pratiquants, que ma foi avait prit une réelle maturité, quand j’avais décidé de suivre le Christ, il y a onze ans environ. La Parole du Christ est pour moi la Vérité. Elle m’a touché au plus profond de mon cœur. Ce que je fais, je ne le pourrais si Dieu ne m’avait pas fait don de ce talent. Le fait même de toucher les cœurs des gens, n’est pas de moi. Ce n’est ni par ma force, ni par mon intelligence mais c’est par la force de l’Esprit de Dieu. Celui qui ouvre vraiment les cœurs des gens, c’est le Christ par son Amour et par sa Vérité. Dans ce monde qui est tel qu’il est, j’essaie d’accomplir ma mission de par l’amour, la joie, la paix, le partage. Je suis très loin d’être parfait, mais chaque jour, j’essaie. 

Impakt Info : Ce monde tel qu’il est… Quelle lecture faites-vous de son état actuel ?

Jean-Jacques Seba : J’estime qu’il est entre les mains de l’ennemi, c’est-à-dire, celles du diable. Il n’y a plus rien de précieux en termes de valeurs. Les principes se perdent très rapidement aujourd’hui. On a l’impression que ceux qui gardent les valeurs, des principes de respect, d’honnêteté, de vérité sont celles qui sont les ‘‘mauvaises personnes’’. Elles sont rejetées parce que considérées comme hors norme à l’ère de l’impudicité, des écarts de langage et d’une certaine médiocrité. Moi qui suis dans le milieu de la musique, je le vois encore plus. Nous vivons dans des milieux opportunistes. On te parle parce que tu monte sur scène, que tu es la femme ou l’homme ‘‘du moment’’, qu’on te voit dans les médias, alors beaucoup de gens viennent vers toi. C’est tout le contraire du monde de simplicité et de vérité que j’aime. Laissez-moi vous dire : le monde d’aujourd’hui ne me plait en rien du tout, malheureusement. C’est de plus en plus difficile de trouver encore des personnes qui gardent des valeurs saines et de respect. 

Impakt Info : Revenons à la musique : si vous deviez faire une playlist  Kassav’ à écouter, ce serait lequel ?

Jean-Jacques Seba : Je commencerai par Kobaye de Jean Philippe Marthély, ensuite Ou la, puis Bèl kréati, Zouk La Sé Sèl Médikaman Nou Ni, puis Eva de Patrick Sait Eloi, attendez, il faut que je réfléchisse… Il y a tellement de chansons, Mi Tché Mwen , il y a West Indies aussi, Tim Tim Bwa Sek , Avé Ou Doudou de Jean Claude Naimro, j’aime bien ce morceau. Il y en a tellement eu en quarante ans ! 

Impakt Info : Vous-même faites de la musique en solo. Ce n’est ni en langues camerounaises, le Bassa par exemple, ni  en grec, ni même en créole, mais en français… 

Jean-Jacques Seba : Oui. Effectivement, j’ai commencé à travailler sur mon projet en solo, il y a cinq, six ans parce qu’à force de travailler avec des artistes divers, je recevais des compliments, des messages et des incitations à faire quelque chose en solo. Ce n’était pas trop mon objectif,  mais finalement, je me suis dis pourquoi pas, surtout si j’ai un message d’amour à porter à travers ma personnalité. Mon premier single est arrivé le 9 juin 2016. Il s’appelle M’évader, et c’est un autre style que le Zouk, c’est du R’N’B et c’est mon style de prédilection. 

Impakt Info : Avec des influences françaises…

Jean-Jacques Seba : Non, je n’ai en fait aucune influence dite ‘‘ du style français ’’. Mon influence vient plutôt d’Afrique et des Etats-Unis. J’ai grandi en église et dans l’assemblée, j’ai donc chanté l’Evangile avec des chants de louanges et d’adoration en chorale. C’est cela qui m’a influencé. Des musiques Néo soul, Jazz, et musique africaine acoustique. Je joue aussi de la batterie. 

Impakt Info : Pensez-vous que la musique ait un rôle sociétal à jouer ?

Jean-Jacques Seba : A 100 voire à 200 %, je vous dis oui ! La musique est une création divine. On le voit sur plusieurs siècles d’histoire et plus encore aujourd’hui, que les politiques ne sont pas les plus grands influenceurs du monde. Ce sont les artistes. Leur discours même malsain est plus porteur. L’influence est considérable. Pour revenir à Kassav’, regardez le pouvoir de rassemblement qui a été le sien sur toutes ces décennies. Ce n’est hélas pas toujours le cas des figures publiques qui peuvent avec beaucoup de force de conviction, se servir des différences pour monter les uns contre les autres et faire régner le chaos. L’impact dans un sens comme dans l’autre est puissant. 

 Propos recueillis par Arnaud Nkusi


Crédits photos: Picdeer.com ,  J.J.Seba

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Arnaud Nkusi

Le concepteur et rédacteur en chef de impaktinfo est journaliste professionnel. Il a présenté le 20 heures et les Journaux Radio, après quelques années de presse écrite. Fort de cette expérience qui s'étale sur près d'une vingtaine d'années,il décide de mettre la barre plus haut en initiant sa propre boite de production, Impaktinfo pour réhausser le niveau de la pratique du métier. En informant l'opinion publique avec des nouvelles positives, particulièrement en ce qui concerne les évolutions en cours en Afrique, tous domaines compris.

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