Signé Amobé Mévégué

Aux quatre coins de la planète, il est regardé par plusieurs millions de téléspectateurs. Sur la première chaine d’informations en continu sur Youtube, France 24 mais aussi sur TV5 Monde. Il a sa propre chaine d’ ‘‘infomusement’’, la UBIZNEWS, a inscrit son nom en grand dans les annales de l’audiovisuel mondial et milite pour une Afrique qui émerge enfin. C’est une personnalité qui compte.

En cette après-midi de fin de semaine, nous avons rendez-vous pour parler de cette Afrique qui lui tient à cœur. Il est sur son téléphone, avec une minute d’avance sur le lieu du rendez-vous. Ce grand jardin en plein dix-neuvième, à Paris. Il essaie de me prévenir et je surgi pile poil à l’heure. Son visage est fouetté par quelques rayons de soleil, malgré les 12 degrés qu’il fait dehors. Il a le visage dur. Je lui pose la question : ‘‘… qu’y at-il donc ? Vous faite une de ces têtes…’’. Il me répond : ‘‘ Ce n’est pas contre toi, je parlais à quelqu’un avec qui nous discutions de trouver des solutions à ses soucis’’.

Ce ne sont pas que des mots. Amobé Mévégué est une voix qui porte. Mais il ne veut plus n’être qu’une voix, un visage. Il veut être une vraie voie, sans prétention aucune. Celle que la jeunesse africaine peut emprunter pour trouver des solutions pour son quotidien. Plus prometteur, parce-que plus juste. Seul, il ne pourrait pas. Il a l’humilité de le reconnaitre et fait appel à ses soutiens pour des projets dont il veut bien parler ici et c’est maintenant.

Impakt Info : Amobé, je vous sens en colère…  

Amobé Mévégué : Pas tout le temps, mais souvent, oui. La colère est saine, parce-que c’est elle qui précède l’action. Si on ne s’indigne pas des choses, on ne crée pas une dynamique. Est-ce que vous trouvez normal que la majorité des gens qui nous entourent n’aient pas accès à l’essentiel ? Comment rester insensible à tout cela ? Et en colère aussi par rapport à la médiocrité. Je parle bien sûr d’un point de vue africain, de tout un pan de choses qui devraient être magnifiées mais que l’on voit décliner ou disparaitre. Donc oui, j’assume d’être en colère.

Impakt Info : Pourtant, lorsque vous êtes à l’antenne, vous êtes souriant courtois, quasi de bonne humeur. On sent le ‘‘panafricaniste’’ avec cet accoutrement très africain, auquel vous tenez tant, sans en dire un mot, sinon le titre d’une de vos émissions Africanités…

Amobé Mévégué: Oui, c’est une forme de thérapie, parce-que je suis un enfant d’Afrique quia quitté son continent. Je rappelle à tous ceux qui l’auraient oublié que le Panafricanisme n’est pas né en Afrique. Il est né plus loin, dans les Caraïbes. En d’autres termes, c’est lorsqu’on quitte son village qu’on apprend à l’aimer et il y a un adage chinois qui dit que c’est lorsque l’on s’éloigne de la colline que l’on en décèle les pourtours. On a tellement de choses qui disparaissent ou qui tendent à l’être que je suis toujours atterré de voir que nous sommes les seuls à croire en un concept de l’Universel dans lequel nous oublions qui nous sommes. Cela passe par les langues, par les étoffes africaines. Je suis atterré de voir que des stylistes, des créateurs soient dans des contre-sens. Prenons le cas du Wax. Il n’est pas africain. Il est hollandais. Je n’ai rien contre la Hollande, mais je dis qu’il y  a des tissus, peut-être originaires du Rwanda, du Congo voisin, notamment au Kassaï où il ya des étoffes royales magnifiques. Pourquoi ne pas développer des industries autour ? Moi, j’ai de la chance, je suis un privilégié, je passe à la Télé, je touche des millions de gens depuis mes débuts, je pense que c’est la moindre des choses que d’envoyer une image qui renvoie elle-même à l’Afrique. A sa création, à ses créateurs, à son âme, à sa civilisation.

‘‘(…) celui qui m’a forgé. Il vient de disparaitre. Med Hondo est certainement le plus grand cinéaste africain : ‘‘ (…) pour l’Afrique, il faut l’agriculture et la culture (…). C’est lui qui m’a ouvert les yeux sur ce binôme.’’     

Impakt Info : Vous êtes l’homme des médias africain le plus diffusé depuis plus de vingt cinq ans aujourd’hui, qu’est-ce que vous pensez en tant que ‘‘militant’’ de la cause africaine, que vous ayez apporté comme pierre de contribution à cet édifice africain que vous défendez ?

Amobé Mévégué: Je suis très humble par rapport au fait que j’ai eu beaucoup de chance. Je suis arrivé à Paris à un moment où  se faisaient les premières Radio libres et où se construisaient ce que l’on a appelé la World Music. J’ai vu devant moi, tous les plus grands noms de la musique. J’ai eu la chance de les côtoyer, c’était le début de l’explosion des Youssou N’dour, on est au début des années quatre-vingt. Je vois les Kassav’ commencer à exploser, je rencontre Miriam Makeba, je rencontre toutes ces étoiles. Angélique Kidjo n’avait même pas encore d’album. J’ai participé à des choses historiques. C’est comme si vous vous étiez plongé dans les siècles précédents et que vos contemporains, c’est Mozart et vous les appelez. J’ai vu une de vos interviews où vous aviez Ismaël Lo, l’homme de Tajabone, j’ai eu la chance de faire des interviews incroyables. Bref, je pense que j’ai été d’abord un ‘‘privilégié’’. Quelqu’un qui a essayé modestement d’accompagner une certaine affirmation de l’identité africaine, parce qu’elle passe par la culture. Et je déplore que les politiques pour la majorité aient été lâches  en n’assumant pas leurs responsabilités, comme disait celui qui m’a forgé et qui vient de disparaitre et qui est certainement le plus grand cinéaste africain Med Hondo : ‘‘ (…) pour l’Afrique, il faut l’agriculture et la culture (…). C’est lui qui m’a ouvert les yeux sur ce binôme.      II nous faut les deux en fait. Vous savez, le plan Marshall américain, lorsqu’il vient sauver l’Europe, dans les bagages d’Eisenhower, il y a les films américains d’Hollywood. Aujourd’hui, c’est la K pop qui tabasse les Américains, Afro-Américains, les stars du Hip Hop au Billboard américain. La musique coréenne. L’Afrique a tout pour être non seulement leader sur les industries créatives, mais aussi pour revendiquer une portion d’autonomie et de souveraineté. Et je suis toujours triste de voir à quel point nous baissons l’échine, à quel point depuis l’Egypte pharaonique, depuis le partage de l’Afrique par la conférence de Berlin, très peu sont les Etats ou les personnes qui montrent une certaine dignité. Ça, ça m’énerve !

Impakt Info : Lesquels rares Etats ont grâce à vos yeux ?

Amobé Mévégué: Il y en a. Il ne faut pas non plus dire que tout le continent est à jeter. Il y a des exemples qu’on peut citer, il y a des pays effectivement qui montrent l’exemple. Il ya aussi des pays où on connait l’alternance, on peut citer le Rwanda qu’on a vu partir du chaos et ériger une vitrine de l’extérieur qui brille, qui honore sur certains critères de convergence l’Afrique. Donc, je reste assez optimiste et en même temps, je dis qu’il est encore temps. Parce-que la prédation que subit l’Afrique est entrain d’hypothéquer l’avenir des générations futures. Il est encore temps, parce-que l’Afrique est à ce jour, le seul continent où toutes les Nations viennent picorer. Il est encore temps pour que nous nous organisions afin que tous les enfants d’Afrique bénéficient de la croissance.

‘‘(…) je pense qu’à l’instar de ce qui se passe au Ghana, on voit des fils de la diaspora de toutes les nations qui regardent vers le Rwanda, comme une terre où amener ce qu’ils ont, pour en faire un socle. Un socle d’émancipation pour toute la jeunesse africaine’’.

Impakt Info : Vous citiez le Rwanda en exemple. Il est vrai que ce pays connait une croissance économique qui est d’une moyenne de 8.6% pour l’année 2018, il ya quelques mois donc et avec une progression du produit brut intérieur de 7,7% pour le dernier trimestre de la même année.  En dehors de ces indicateurs économiques, en quoi vous étonne-t-il ?

Amobé Mévégué : Je n’ai pas encore eu la chance d’aller dans ce pays, mais vu de l’extérieur, lorsque l’on se souvient de ce qui s’est passé dans ce pays, il y a une vingtaine d’années, il est heureux de constater que le Doing Business le classe comme l’un des plus avancés en terme d’agrégat, de confort, d’opportunités de monter une boite en moins de 24 heures. On dit que c’est propre, que la monétique est là, etc. Donc, cela donne une impression d’organisation. Certains diront, rigoureuse, mais parfois, c’est nécessaire. Dans l’océan de médiocrité que l’on voit de notre continent, est-ce que cela n’est pas l’une des voies ? Après, je ne peux pas rentrer dans les détails, je ne connais pas le pays de l’intérieur, sinon l’image que le pays renvoie. Et je pense qu’à l’instar de ce qui se passe au Ghana, on voit des fils de la diaspora de toutes les nations qui regardent vers le Rwanda, comme une terre où amener ce qu’ils ont, pour en faire un socle. Un socle d’émancipation pour toute la jeunesse africaine. Parce-que en regardant le pays jumeau voisin, le Burundi, on voit bien que l’herbe qui y pousse est quasiment de la même couleur car, du même sillage mais qu’on n’a pas le même environnement en termes de gouvernance et d’autres critères d’appréciation. Alors, je sais qu’on peut toujours critiquer en disant que le Président Kagame est là depuis tant d’années, mais si c’est la volonté du peuple et que cela est motivé par des résultats palpables et tangibles sont là, moi je préfère à la limite avoir à faire à un Etat qui montre un chemin prospère pour toutes les composantes de la citoyenneté africaine, plutôt que le chaos que j’aperçois dans d’autres pays. C’est désespérant.

Impakt Info : Vous et moi savons qu’il ne faut pas tout attendre des Etats et que l’Etat-Providence n’est pas un concept favorable pour la jeunesse africaine et mondiale, et vous l’avez compris puisque vous êtes l’initiateur de projets porteurs pour l’avenir dont vous rêvez pour les jeunes générations, notamment à Libreville mais ailleurs aussi. Je vous laisse le soin de nous en parler…

‘‘(…) Bamako aussi, Ouaga, Kinshasa. Nous avons des initiatives, nous essayons de soutenir mais c’est de là que vient la colère ; je me dis avec si peu, je vois ce que j’arrive à faire et je me dis qu’avec un peu plus d’organisation, et le soutien de davantage d’énergies en synergie, on pourrait faire plus pour une jeunesse africaine qui n’a pas accès à grand-chose.’’

Amobé Mévégué : J’ai toujours essayé, sans faire trop de bruit d’appuyer des initiatives portées par de jeunes africains. C’est le cas de cette personne que je ne connaissais pas. Elle m’a appelée de Libreville un jour, elle m’a dit, j’aimerai faire quelque chose pour les jeunes des quartiers pour leur donner confiance en eux. Elle me dit, est-ce que tu peux me donner un coup de main ? J’ai appelé Harry Roselmack, un jeune frère. Il est le premier présentateur noir d’un journal de télévision sur la plus grande chaine européenne, TF1 en l’occurrence. C’est un jeune frère avec qui nous avions des discussions sur Cheik Anta Diop, sur Frantz Fanon, sur tous ces leaders qui nous ont éclairés. Donc, Libreville oui, mais Bamako aussi, Ouaga, Kinshasa. Nous avons des initiatives, nous essayons de soutenir mais c’est de là que vient la colère ; je me dis avec si peu, je vois ce que j’arrive à faire et je me dis qu’avec un peu plus d’organisation, et le soutien de davantage d’énergies en synergie, on pourrait faire plus pour une jeunesse africaine qui n’a pas accès à grand-chose. Elle n’a pas accès à des fonds d’appui, pas accès à aux banques, les crédits sont usuriers, c’est vraiment être un super héro que d’être un jeune africain aujourd’hui. C’est compliqué. Mais que font les politiques ? Où sont-ils ? C’est leur responsabilité. Je ne veux pas tous les mettre dans le même panier mais la majorité n’a pas mon estime. Chez nous, en Afrique, tout est prioritaire. On a les terres les plus riches de la planète, le tiers des réserves minérales, mais qu’est-ce qu’on est entrain de faire les gars ? Qu’est-ce qui se passe ? Ce n’est quand même pas sérieux de voir ce que l’on voit et je me dis que la culture est un vecteur de développement. Bien plus que cela, les industries créatives sont devant l’immobilier et l’automobile, les principales ressources de devises, y compris aux Etats-Unis, alors pourquoi pas chez nous, en Afrique ?

‘‘One. C’est la première fois que j’en parle’’

Impakt Info : Je nous projette tous les deux dans une salle de conférence où l’’orateur principal s’appelle Amobe Mevegue, et devant lui, toute la jeunesse des cinquante quatre pays du continent africain. Que leur dites-vous ?

Amobé Mévégué: (il sourit) C’est marrant que vous me posiez la question, puisque c’est un de mes rêves et même une de mes ambitions. J’ai écris un concept que j’ai nommé One. C’est la première fois que j’en parle, World wide Afro Work et sur RFI, j’ai fait une démonstration virtuelle de ce que je vais vous annoncer : j’ai créé une république virtuelle pendant les dix sept ans de quotidienne que j’ai fait sur RFI et on trouvait des solutions à tous les problèmes. Les auditeurs nous envoyaient des mails en disant ‘‘Voilà, moi je suis à tel endroit, je cultive du piment, mais je n’ai pas de camion pour me l’emmener en brousse’’. Nous lancions aussitôt un appel et nous trouvions grâce à nos solutionneurs, une voie de sortie pour notre auditeur. Je suis actuellement sur un projet pour lequel j’ai écris une charte parce-que je pense que comme le disait Frantz Fanon, à chaque génération et dans une relative opacité, sa mission. La servir ou la trahir. C’est bien d’être un saltimbanque, d’être un artiste ou d’être une personnalité de la télévision, mais à un moment donné, il faut poser des actions et j’ai pensé avec d’autre à une charte à proposer soit à l’Union Africaine, soit à des Etats qui voudraient avoir une écoute pour que nous bâtissions ensemble un réseau utile, efficient. Pas un nouveau réseau, mais un qui agrège déjà du consistant. Parce qu’on a toujours tendance à penser qu’on va inventer le fil à couper le beurre. Il ya déjà des gens qui réalisent déjà certaines choses. Alors One comme unité et puisque j’ai la chance de connaitre certains des grands artistes du continent, ils me donnent le respect et j’en ai notamment parlé à Youssou N’dour, à Alpha Blondy, et à plusieurs de nos ainés et ce sera ma contribution. Donc, une conférence, pourquoi pas, devant la jeunesse pour parler d’actions concrètes, de formations, de créations d’emploi, et de visibilité, puisque je suis un homme des médias et je sais que tout passe par le téléphone portable et on est entrain de perdre une nouvelle guerre, c’est la production de contenus. Les histoires de chasse appartiennent à ceux qui les racontent. Il faut créer des Hub avec l’intelligence artificielle, avec les meilleures expertises, les rassembler quelque part et écrire le nouveau paradigme mondial depuis l’Afrique. C’est possible, nous avons les compétences.

Impakt Info : Vous me faites penser à cette rencontre du 09 au 11 mai prochains, c’est dans moins d’une semaine, le Rwanda Youthconnekt Convention en Europe et à Rome pour cette édition. C’est une initiative rwandaise et qui sort du pays pour aller vers d’autres cieux pour justement parler à la jeunesse… Peut-être, irez-vous jeter un coup d’œil et que vous y prendrez le micro…

Amobé Mévégué : (avec le sourire) Why not ?

Impakt Info : J’aime à la fin de mes entretiens, offrir un petit présent à mon interlocuteur et je suis heureux de vous offrir ce coffret de thé de grande qualité, tenez, prenez-le, il contient les senteurs boisées des mille collines, un parfum venu de ce pays dont vous ventiez les mérites. Allez-y, ouvrez-le.

Amobé Mévégué : Ou la la ! (en l’ouvrant) Ecoutez, je suis surpris, d’abord par le geste. Le Rwanda c’est un pays fascinant, je vois que c’est un pays de verdure, je vois un de nos ancêtres, un gorille, les grands singes, euh… Vous savez, je suis très engagé, j’ai un ami Suisse avec lequel je suis associé. Nous avons faits l’acquisition de deux cent cinquante hectares de terres en France, nous sommes entrain de créer ensemble un micro climat idéal de préservation de notre écosystème et nous avons une transposition que nous voulons établir en Afrique, travailler beaucoup sur la question de l’eau, avec de grandes personnalités.

Propos recueillis par Arnaud Nkusi

Vinkmag ad

Arnaud Nkusi

Le concepteur et rédacteur en chef de impaktinfo est journaliste professionnel. Il a présenté le 20 heures et les Journaux Radio, après quelques années de presse écrite. Fort de cette expérience qui s'étale sur près d'une vingtaine d'années,il décide de mettre la barre plus haut en initiant sa propre boite de production, Impaktinfo pour réhausser le niveau de la pratique du métier. En informant l'opinion publique avec des nouvelles positives, particulièrement en ce qui concerne les évolutions en cours en Afrique, tous domaines compris.

Read Previous

Signé Jean-Jacques Seba

Read Next

Au pays des hommes intègres, les mille collines

4 Comments

  • Voilà un grand homme que nous avons hâte d’accueillir au Rwanda…. Toute notre reconnaissance pour votre travail cher Monsieur!!! Respect….

    • Yolande,
      Merci pour lui, ce grand monsieur.
      Merci pour nous, parce-que poster ici votre commentaire est un acte militant que nous saluons à sa juste valeur.
      Merci donc surtout à vous.

  • Très engagé/philosophe sous ses airs bon enfant
    Il serait tres interressant de faire une repotage video de sa future visite au Rwanda..


    « un adage chinois qui dit que c’est lorsque l’on s’éloigne de la colline que l’on en décèle les pourtours »

    • Tess,
      Ce que vous estimez intéressant se transforme en challenge à relever pour nous, à la Rédaction.
      Nous le relèverons avec vos encouragements.
      Merci à vous.

Leave a Reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *