Les Justes du Rwanda

Imaginé, écrit, réalisé et produit par :

Luc Lagun-Bouchet, Grand reporter

Ce film raconte l’histoire d’une femme et de deux hommes qui ont pris le risque de mourir plutôt que de tuer. Durant le génocide perpétré contre les Tutsis en 1994, quand l’immense majorité des Hutu participait aux tueries, ils ont caché et sauvé des Tutsi voués à l’extermination et ce, au péril de leur vie. Chacun à sa manière et dans des lieux différents. 

Ce documentaire porte la parole de ces héros anonymes et de quelques-uns de leurs protégés. Tous racontent ce qu’ils ont vu et compris du déroulement de ce génocide populaire qui a emporté un million de Tutsis. Un hommage des rescapés à cette femme et ces hommes ordinaires que rien ne prédestinait à devenir des Justes. Le film dure 84 minutes, il est écrit et réalisé par Luc Lagun-Bouchet, grand reporter à France Télévisions.

Il a notamment couvert la guerre en Afghanistan en 2001, deux ans plus tard, il était en Irak, à Gaza dans le conflit Israélo-palestinien, une dizaine de fois, en Syrie, il a couvert les printemps arabes en Tunisie, en Egypte. En Ukraine lors de la sécession en Crimée, à Donetsk, à l’Est de l’Ukraine, au Congo, à Goma, etc. Ces expériences professionnelles sont d’abord des expériences humaines et malgré le devoir de ‘‘neutralité’’ et donc d’ ‘‘objectivité ’’, le journaliste qu’il est, admet qu’être témoin de temps de conflits et de violences les plus extrêmes, change un homme. 

Il affirme : ‘‘On voit des constantes. La plupart des conflits, des guerres, sont pour le pouvoir. Pour maintenir ce pouvoir, la richesse et la prébende d’une caste qui tourne autour de ce pouvoir et on se rend compte que la population est toujours instrumentalisée. Je n’ai jamais vu de population civile qui veuille la guerre. Ça n’existe pas’’.                                                                                             

L’idée

Il y a plusieurs raisons. Je m’intéresse au Rwanda et à l’histoire effroyable du Génocide. Ensuite, j’ai un parcours professionnel durant lequel j’ai écumé beaucoup de terrains de conflits, de guerres, les révolutions arabes. Plein de choses comme ça et j’ai toujours été stupéfait de voir le courage des personnes face au danger, face à la mort. Et cela, je l’ai vu durant les printemps arabes, en Irak, en Afghanistan, en Israël- Palestine. Voir des gens qui prennent le risque de mourir pour défendre des idées, pour défendre des valeurs. Et la troisième raison, c’est qu’en tant que journaliste, j’affectionne de trouver des angles qui ne sont pas traités sur des histoires qui sont importantes et évidemment le Génocide contre les Tutsis du Rwanda est quelque chose de très important. Il y a eu  »peu de génocides » dans l’histoire humaine. 

J’avais donc toujours cette réflexion : qu’est-ce que je peux trouver d’original mais qui donne sens. Parce-que trouver quelque chose d’original, c’est bien, mais il faut que cela donne aussi envie aux gens qui regardent, d’en savoir plus. Et quand je me suis renseigné, plus exactement quand je suis allé à Kigali pour essayer de réfléchir à un angle original, j’ai rencontré monsieur Simburudali qui à l’époque était le patron d’IBUKA (le Collectif des Associations de Rescapés du Génocide perpétré contre les Tutsis) et quand je lui en ai parlé, il m’a dit que ça tombait très bien, parce qu’ils étaient entrain de faire une étude sur les Justes. 

Les Justes

Les Hutus qui ont sauvé des Tutsis durant le Génocide. Et je pense qu’on avait jamais parlé des Justes dans l’histoire du Génocide contre les Tutsis. J’ai attendu que cette étude arrive à son terme et c’est le professeur Kayishema qui l’a réalisé. Quand elle a été rendue publique, j’en ai eu copie et j’ai commencé à prendre contact avec lui. Je suis allé deux fois en repérage au Rwanda et j’ai choisi les personnages de Justes, parce qu’il fallait bien évidemment que ces personnages soient reconnus Justes et qu’il n’y ai pas l’ombre d’un doute. Vous savez la polémique qu’il y a eu avec Hôtel Rwanda, par exemple. 

C’eût été une catastrophe si parmi les Justes que j’avais choisis, il y en avait un qui en fait, avançait masqué et ne s’était pas comporté comme il le prétendait. Une fois ce travail fait, je suis allé sur deux tournages de trois semaines. Le premier en 2015, c’était au mois d’avril, durant la période des commémorations.                                                                                                                                                                                                           

Le deuxième, c’était en trois semaines de novembre 2018. L’idée, c’était vraiment de trouver un angle original qui permette de mettre à l’honneur des gens qui ont mis leur vie et celle de leur famille en danger, pour défendre non seulement des valeurs mais aussi des êtres humains. Beaucoup de Justes ont été tués alors qu’ils essayaient de sauver des Tutsis. L’héroïsme, on en parle souvent mais là c’était un héroïsme qui a duré plusieurs semaines, voire plusieurs mois. 

Ce que j’ai appris au Rwanda ? 

La surprise à bien des égards. J’étais souvent allé dans des pays africains où les gens sont exubérants, où c’est vrai qu’il n’y a pas forcément de respect de la loi, où c’est un peu…, où l’Etat est assez absent. Alors que le Rwanda, c’est très particulier. La première fois qu’on arrive, à Kigali, on est très surpris par le fait qu’on nous enlève les sacs en plastiques. Pour toute personne qui connait l’Afrique mais ne connait pas le Rwanda, c’est un choc. Parce qu’on n’a pas cette habitude. Ensuite, en sortant de l’aéroport, on voit sur les mototaxis, des gens qui portent des casques, dans les voitures, ils mettent la ceinture de sécurité, les gens traversent en empruntant le passage piéton. 

J’ai fais des sujets à l’époque avec l’ancien Ombudsman Tito Rutaremara, sur la lutte farouche contre la corruption, on sait qu’il ya la sécurité sociale à 1 dollar, ce qui est quand même un tour de force dans un pays pauvre comme le Rwanda, alors que dans un pays comme les Etats-Unis qui est quand même la première économie mondiale on n’est pas capable d’assurer la sécurité sociale pour tous les citoyens, etc. C’est donc d’abord cela, ce premier choc. Le choc d’un pays où il y a un Etat qui fait des efforts. Il y a sans doute des choses perfectibles. 

Je ne suis pas Rwandais, je ne suis pas là au quotidien pour applaudir tout ce qui s’y fait ou pour avoir des jugements de valeurs, ce n’est absolument pas mon problème, mais en revanche, je réalise qu’il y a cet effort de fait et surtout, il y a la cohabitation. C’est vrai qu’on parle souvent de réconciliation nationale, et que pour moi, pauvre muzungu*, ce n’est pas facile. Je ne parle pas le Kinyarwanda, et je pense qu’au-delà de la langue, c’est impossible d’aller dans le cœur des gens, d’aller dans l’esprit des gens. Et des personnes qui ont vécu des traumatismes partout dans le monde, il est très difficile d’obtenir des réponses à des questions très intimes.                                                                                                              Que pensent les rescapés de ceux qui ont tués les membres de leurs familles ? Est-ce qu’ils les pardonnent ? Est-ce un pardon de façade ou est-ce un pardon réel ? Est-ce un pardon de conviction ou est-ce un pardon de religion ? Quand je pose la question, cela ne veut pas dire qu’un pardon de religion n’en est pas un bon, mais c’est un pardon qui est différent, parce qu’ ‘’imposé par un dogme’’ d’une religion qui dit que si tu es un bon chrétien ou un bon musulman, tu dois pardonner. C’est donc très difficile de savoir ce qu’il y a dans l’intime d’un cœur, dans celui de l’esprit des gens et pour moi, cela reste insondable. 

Le constat

Mais ce que je constate, c’est que depuis vingt-cinq ans, les gens vivent ensemble, sur les mêmes collines, et qu’il y a une cohabitation. Et ça, c’est déjà un tour de force. Parce-que la spécificité du Génocide contre les Tutsis au Rwanda, c’est quand même que les voisins ont tués des voisins, que les gens se sont tués à l’intérieur d’une même famille. Qu’il y a eu cette proximité dans le meurtre. Et ça, c’est très rare. Souvent, dans un génocide planifié, programmé, on essaie –et là je vais employer une très mauvaise expression empruntée au vocabulaire économique qui est une expression marxiste –  la division du travail. Mais vous savez aussi ce que veut dire ‘‘le travail’’ dans le Génocide au Rwanda. 

Lorsque vous prenez le Génocide des Juifs, par exemple, il y avait  ceux qui procédaient aux arrestations, en France notamment, il y avait ceux qui mettaient dans les trains, il y avait ceux s’occupaient des aiguillages dans les trains, il y avait ceux qui réceptionnaient les wagons, etc. Chacun avait une tache bien précise dans ce processus d’extermination. Et cela a permis par la suite aux personnes d’essayer de se disculper. Alors qu’au Rwanda, les gens tuaient physiquement dans un processus communautaire. 

Cette différence à mon avis, rend encore plus difficile ensuite, la cohabitation. Les bourreaux ne peuvent pas dire qu’ils ne savaient pas. Cela s’est passé au vu et au su de tout le monde. Donc, en être aujourd’hui à faire en sorte que les gens puissent vivre ensemble, au-delà du fait de savoir s’il y a la réconciliation des âmes et des cœurs, je pense que ce tour de force de faire cohabiter les gens, de faire re-fonctionner un pays qui avait complètement été décapité, puisqu’il y avait un million de morts, il y avait des milliers de personnes qui étaient parties, c’est un réel tour de force et il faut le noter. 

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Arnaud Nkusi

Le concepteur et rédacteur en chef de impaktinfo est journaliste professionnel. Il a présenté le 20 heures et les Journaux Radio, après quelques années de presse écrite. Fort de cette expérience qui s'étale sur près d'une vingtaine d'années,il décide de mettre la barre plus haut en initiant sa propre boite de production, Impaktinfo pour réhausser le niveau de la pratique du métier. En informant l'opinion publique avec des nouvelles positives, particulièrement en ce qui concerne les évolutions en cours en Afrique, tous domaines compris.

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2 Comments

  • J’ai hate de voir ce film… Monsieur Luc a fourni un grand effort de connaissance des faits et de palpation des réalités sur place …
    Pour moi le titre  »Les Justes du Rwanda » est judicieusement choisi. Ce sont de braves personnes … qui ont sacrifié leur existence pourcelles des autres. En latin, on dirait les « boni » honnêtes gens … Bravo à impaktinfo qui nous a donné l’occasion de faire connaissance avec ce travail inédit …

    • Bonjour Raymond Gatera,

      Merci de réagir avec intérêt à cet article. Merci pour Jean Luc Lagun-Bouchet.
      Partagez, nous vous en prions, les liens des sujets qui vous parlent pour intéresser votre entourage et de là,un
      plus large public.

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